Histoire et patrimoine
Les reliques du laminoir de Givonne, le plus ancien de France, sont gardées au musée du château fort de Sedan

Le laminoir de Givonne, le premier de France, des Etablissements Jeanlin, sur la route de Givonne à Illy, en bordure de la « Forêt de Sedan », a été construit en 1777. Ce laminoir a été démantelé en 1967.

SEDAN. - Avant la première guerre mondiale, la région sedanaise constituait un des centres de laminage de tôles fines les plus importants de France, Tous ces laminoirs ont maintenant disparu pour laisser place aux gigantesques installations modernes du Nord et de l’Est de notre pays.

Un peu partout, les vieux trains manuels, de 1950 à 1954, ont été arrêtés et démontés et leur personnel affecté à d’autres travaux. L’un de ces laminoirs existait encore il y a quelques années, celui des Etablissements Jeanlin, sur la route de Givonne à Illy, en bordure de la « Forêt de Sedan ».

Il était abrité sous un vieux bâtiment qui vient d’être livré à la pioche des démolisseurs. En effet, en juillet 1967, cette usine, qui avait vu le jour avant la Révolution - l’une de ses girouettes porte la date de 1771 - été rendue à un nouveau propriétaire : Jack Blond , qui en fera une propriété d’agrément, et cela est facile grâce au passage, dans le bois, d’un bras de la Givonne et l’existence d’un étang, vaste retenue d’eau qui Permettait d’actionner les roues aubes en période sèche, avec tout ce que cela comporte de paysages agréables.

Le laminoir de Givonne

Le laminoir de Givonne, le premier de France, isolé et enchâssé dans la forêt d’Ardenne, a été construit en 1777, disent les uns, au moment de la Révolution, disent les autres. Aucune modification n’avait été apportée eux bâtiments et ses installations mécaniques ne furent que très légèrement modernisées, comme en témoignent d’ailleurs des pièces portant le plaque « Société Anonyme des Ateliers et Chantiers de la Loire Saint-Denis 1920 ». Il est certain que le passage de l’envahisseur aurait dû laisser pas mal de dégâts dans les usines du Sedanais, persque totalement déménagées.

Livré aux démolisseurs

Cela est maintenant fait. Le batiment qui l’abritait n’existe plus et presque toutes les parties métalliques vont être prises en charge par un ferrailleur de Charleville. Quelques pièces toutefois seront sauvées, dont un axe de chêne de 7 mètres de long qui soutenait la roue à aubes et un peson à lingots, de 2 mètres de hauteur, datant du XVIII éme siècle, qui ont été amenés au Château-Fort de Sedan où ils seront abrités par la Société d’Histoire et d’Archéologie du Sedanais (la S.H.A.S.) [1]et le Syndicat d’Initiative

Maurice Verry avait écrit un livre sur les « Laminoirs des Ardennes » en 1955 (Presses Universitaires de France). II disait notamment :
Il était impossible de trouver meilleure documentation et nous souhaitons que cette forge, amoureusement entretenue par son propriétaire, ne tombe pas un jour sous la main de quelque marchand de ferraille. Pour l’histoire des techniques et pour le sociologue industriel, ce serait sans aucun doute une sorte de sacrilège.

Ardenne ou Alsace

Selon certains historiens, 1789, la manufacture de Ranschendwasser en Alsace, était la seule à laminer de la tôle en Fronce, ce qui est faux - à notre avis - puisque l’histoire de Givonne de MM. Pierre Congar et Roger Bosserelle, signale l’existence en 1642, des forges de Givonne dont le maire de Forges est Daniel De Lambermont, et la création du premier laminoir de France, installé dans cette ville d’après un procédé inventé par les Liégeois, en 1777. En 1790, un second laminoir tournait d’ailleurs à Givonne.

A cette époque, le fer utilisé venait pour moitié de ferraille et pour moitié de minerai local. Le fer, d’abord « dégrossi » à la platinerie était transformé en lames minces entre les deux cylindres du laminoir. Des roues à aubes, utilisant l’eau de la Givonne et de l’étang de retenue, actionnaient le marleau-pilon et faisaient tourner les cylindres. Pendant près d’un siècle, ce laminoir aurait employé seize ouvriers.

Son histoire

De 1875 à 1880, les fours ne fonctionnaient plus car le fer était acheté en Lorraine. L’usine, qui avait alors vingt-deux ouvriers, fabriquait aussi des pioches.

De 1880 à 1914, on utilisait l’acier doux et la houille remplaçait le charbon de bois. Avec une quarantaine d’ouvriers, on y fabriquait de la tôle mince : tuyaux de poêle, pelles, côtés de cuisinières, etc.

De 1914 à 1918. les Allemands enlevèrent toutes les machines et firent sauter les digues de l’étang. De

1920 à 1940, ce fut la restitution du matériel et la remise en marche du Laminoir avec une vingtaine d’ouvriers.

De 1941 à 1942, le laminoir a fonctionné pour utiliser le stock de « largets » restant, et en 1942, eut lieu l’arrêt définitif, faute de main-d’œuvre spécialisée. L’usine a toutefois continué à tourner avec quelques ouvriers occupés à la fabrique des pelles, pièces embouties et clochettes pour les mines et les troupeaux montagnards.

La fin du laminoir

Après la guerre de 1914-18, le laminoir de Givonne - le seul qui n’ait pas été modernisé - était dirigé par MM. Jeanlin et fils. Ils furent contraints de l’arrêter par manque de main-d’œuvre qualifiée, mais aussi les deux cages mues par la force hydraulique ne pouvant soutenir la concurrence des grosses usines concentrées dans l’Est et possédant un matériel puissant et moderne. A cette époque récente, l’usine de Givonne avait toujours gardé sa roue à aubes des origines.

On voyait, récemment encore, derrière le train, une sorte de potence en chêne fixée au sol et à une poutre transversale. A son extrémité, était accroché un palan. Elle servait au démontage des cylindres pesant chacun environ une tonne et dont un a été remis au Château-Fort pour y être exposé .

Les visiteurs du Château-Fort pourront également y voir l’axe et les quatre roues qu’il supportait et d’où partaient les rayons de l’immense roue à aubes, longue de 7 mètres et d’environ 4 mètres à 4,25 mètres de diamètre.

Disons aussi que le laminoir de Givonne était encore éclairé l’acétylène en 1913 et que c’est à cette date que l’on y plaça une ligne électrique.

Perdu dans les bois, loin de toute voie ferrée, le laminoir de Givonne n’avait pas la possibilité de moderniser et son four était toujours chauffé au charbon.

La disparition d’une aristocratie

La mise en roule des trains mécanisés a fait disparaître l’aristocratie des ouvriers du laminoir, qui, d’abord sceptiques, durent bientôt se rendre à l’évidence. Cette aristocratie des hommes du train était fondée sur le caractère exceptionnellement pénible et bien particulier du travail au feu, métier qui exigeait un long apprentissage et qui était nécessairement exercé par une élite.

D’après le patron du laminoir de Givonne, la raison majeure de son arrêt a été la difficulté de trouver des chauffeurs de fours à maletas, installations surranées, pour la conduite desquels il n’existait plus, dans la région, aucun spécialiste.

Cette spécialité était exténuante et exigeait de la part des ouvriers de la robustesse et une résistance au feu peu commune. L’aristocratie des ouvriers du feu trouvait pourtant préférable, pour ses enfants, l’ardeur des laminoirs eu bruyant envoûtement des tissages. « Plutôt Toqueux que Peloqueux » disaient-ils.


L’ UNION du lundi 06/11/1967 en page D sur 1 page(s)
http://www.lunion.presse.fr/

 


L’immense roue à aubes de 7 mètres de long et 4 m 25 de diamètres, a été démolie. Il ne reste plus que celle-ci, bloquée, et sur laquelle coule encore l’eau de la Givonne (1967).



Au premier plan, les deux cages de laminoir sans leurs rouleaux, et les énormes engrenages qui démultipliaient l’énergie produite par la grande roue à augets que taisait tourner les eaux de la Givonne.



L’axe de chêne de la grande roue, vieux de deux siècles, a été amené au château fort où il sera conservé



Un antique peson provenant du laminoir de Givonne.





Deux des quatres roues de fer qui garnissaient l’axe de la roue supportant la couronne avec ses augets



Pour que les forgerons puissent utiliser l’acier brut de coulée, il faut d’abord que son énorme masse (parfois de plusieurs centaines de tonnes) au sortir des lingotières soit réduite. C’est le rôle des LAMINOIRS.

Ce sont des machines destinées, au départ, à transformer les lingots soit en demi-produits soit en blooms, (blooming) permettant ensuite de pouvoir les forger sous les pilons ou sous les presses, soit en brames (slabbing) afin de les transformer en produits plats de toutes épaisseurs dans lesquels des pièces seront tirées par oxycoupages, cisaillages etc.

Pour simplifier, les laminoirs sont des bâtis en acier appelés CAGES dans lesquels, des cylindres (en fonte ou en acier) à surfaces lisses ou profilées tournent les uns au-dessus des autres en sens inverse pour faciliter les passages des produits. Le cylindre inférieur reçoit l’impulsion motrice qu’il transmet au cylindre supérieur par l’intermédiaire d’engrenages. Le réglage des écartements appelé ouverture entre les cylindres se fait soit manuellement (sur les petites cages), soit mécaniquement sur les plus importantes.























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