Presse :  Article paru le 19 juin 2010 Menu des articles de presse

« Alain Oudart retrouve avec émotion la chambre de son enfance devenue
la bibliothèque municipale de Givonne. Le grand écrivain allemand
Ernst Jünger y a lu ses cahiers d'écolier en mai 1940. »



 


La chambre des enfants


   EXTÉNUÉ par une marche épuisante de quarante-cinq kilomètres, durant laquelle, entre Neufchateau et Givonne, il a croisé d'interminables colonnes de prisonniers, le bataillon ronfle dans les dépendances d'une maison de maître, proche de l'église.
En dépit des traces fraîches de la bataille, la base échancrée d'une tour, au bord d'une pièce d'eau, suggère au capitaine écrivain qu'ici, autrefois, s'élevait un château.
Le lendemain, il écrit dans son carnet de route : « Cantonnement à Givonne. Logement en groupe au château ».
Pauvre château ! En 1792, comme il tombait en ruine, les révolutionnaires lui épargnèrent le sort qu'ils réservaient aux châteaux et abbayes. Il fut démoli vers 1830.
Ernst Jünger évoque d'autres ruines, celles de Givonne anéantie, non pas par les Allemands, mais par un bombardement massif de la Royal Air Force anglaise, le 14 mai.
Qualifiée de « Ravin de la Givonne » par le ministère de l'Air britannique, la mission avait pour but d'entraver l'acheminement du ravitaillement des divisions blindées et la progression de l'artillerie lourde qui arrivait, tractée par des chevaux. Sans doute Jünger ignore-t-il que les « destructions très importantes » de Givonne ont été provoquées par les bombes anglaises.
Un village dévasté
Il note : « Souvent, aux endroits où il y avait des maisons, on ne voit plus guère que d'immenses entonnoirs remplis d'une eau jaunâtre. Dans le parc du château de Givonne, des tombes fraîches d'infirmiers allemands tués par des bombes. L'automobile du propriétaire est renversée dans la pièce d'eau du parc, les roues en l'air. »
Pour oublier les horreurs de la guerre, dans la maison de maître où il loge, il s'abandonne à la paix d'une oasis emplie de la tendresse du monde. Il écrit : « Je couchai par terre, dans la chambre des enfants, à côté d'une étagère pleine de livres, et avant de m'endormir, je feuilletai des cahiers d'écolier ».
Probable qu'il se soit attardé sur les dernières rédactions, dont le sujet était peut-être « Ecris une lettre à ton papa mobilisé » ou « Est-ce que tu l'aimes, la France ? »
Probable qu'il ait pensé au calvaire des écoliers de Givonne jetés sur les routes de l'exode.
Soixante-dix ans plus tard, comme si elle tenait à conserver la mémoire de ce passant illustre, dans la maison de maître devenue en 1988 la mairie de Givonne, « la chambre des enfants » accueille une douillette bibliothèque municipale.
Grâce à mon ami, le journaliste et poète Philippe Mellet, originaire de Givonne, j'ai pu, ô miracle, dialoguer avec l'enfant qui occupait la chambre où Jünger a lu ses cahiers d'écolier !
Il s'agit de M. Alain Oudart, qui dans le sillage de son frère Louis-Albert, dirigea de 1949 à 1970 une fabrique sedanaise de laine cardée.
Homme de grande culture, chercheur passionné par l'histoire de son cher Pays sedanais, il contribue à la protection de son patrimoine.
A la déclaration de guerre, en septembre 1939, gamin en culottes courtes, il habite la maison de maître où logera Jünger. Son père, Maurice Oudart, maire de Givonne depuis 1935, dirige l'entreprise textile sedanaise fondée en 1890 par Louis Oudart. Alain, alors âgé de onze ans, part se réfugier avec son grand-père Louis chez sa grand-mère maternelle qui habite dans les Pyrénées, près du col du Somport.
Restés à Givonne, la grande sœur et le grand frère d'Alain seront d'un grand secours pour la population du bourg quand, le 10 mai 1940, elle recevra l'ordre d'évacuer. Quant à leur père, maire de la commune, il se doit de partir le dernier, ne laissant sur place qu'un vieillard, le père Bourland, qui refusant de partir, se terrera dans les ruines.
« L'automobile qu'Ernst Jünger a vue les roues en l'air, dans le parc de notre maison, c'était celle de mon père, me confie Alain Oudart. C'était une Simca 5, immatriculée 3535AV2. Il l'a achetée 11.900 francs. A son retour de l'exode, en mars 1941, mon frère aîné a découvert dans le parc les tombes des infirmiers allemands. Il y en avait six. »
Quant à « la chambre des enfants » où le capitaine écrivain a dormi, Alain Oudart n'en doute pas, c'était celle où il jouait et dormait. « Elle était située dans l'aile nord de la maison » précise-t-il. Et d'ajouter, non sans émotion : « Les cahiers d'écolier que Jünger a feuilleté, c'était les miens. Ils provenaient de la librairie Marquand, de Sedan. Je vois encore leur couverture ». Un silence. Il reprend : « Y figurait mon héros, le plus glorieux des Sedanais, Turenne ! Pas Turenne maréchal de France ! Turenne à dix, douze ans, l'âge que j'avais au temps où j'étais élève à l'école communale de Givonne ! Habillé en mousquetaire, il était allongé sur l'affût d'un canon. »
De nouveau, un silence. A qui pense-t-il, Alain Oudart ? A ses petits-enfants auxquels il n'a pas encore raconté l'histoire d'un écrivain allemand considérable, héros de la Première Guerre mondiale, et qui, durant la Seconde, dormit par terre dans la bibliothèque municipale de Givonne ?
Qu'en pensent les chênes de nos forêts ?











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